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Médecine Générale - le "Médecin traitant"

Le médecin traitant

Alors que le parcours de soins devient de plus en plus contraint pour les assurés avec l’augmentation du ticket modérateur pour le "hors-piste", l’Assurance Maladie se félicite des apports du dispositif en matière de prévention.

Dès début février, les assurés qui « zapperont » la case « médecin traitant » ne seront plus remboursés pour leurs consultations médicales qu’à hauteur de 30% contre 50% jusqu’à présent et 70% pour les patients vertueux. Aujourd’hui, 85% des plus de 16 ans ont désigné un médecin traitant dont 96% des plus de 60 ans et autant pour les patients atteints d’une ALD. « Nous savons que nous n’arriverons jamais à 100%. Mais nous pensons qu’il va y avoir encore une augmentation du taux d’adhésion au dispositif dans les prochains mois », assure Frédéric van Roekeghem, directeur de la Cnamts. Les réfractaires se comptent surtout parmi les plus jeunes, faibles consommateurs de soins : 28% des 16-25 ans n’ont toujours pas désigné de médecin traitant. « Si l’OMS recommande ce type d’organisation ce n’est pas pour une raison administrative mais bien pour une raison médicale » plaide le directeur de l’Assurance Maladie.

Des résultats encourageants

En quatre ans d’existence, le médecin traitant a déjà fait ses preuves, en particulier dans le domaine de la prévention. Ainsi, pour la vaccination antigrippale, les personnes âgées de 65 à 69 ans –la tranche d’âge la moins bien vaccinée parmi la cible- sont plus nombreuses à se faire vacciner dès lors qu’elles ont un médecin traitant : 57,5% contre 53% pour la campagne de l’hiver 2007/2008. Pour les plus de 65 ans, le taux de couverture vaccinale est de 67% chez ceux qui ont déclaré un médecin traitant contre 64% chez les autres. Autre exemple, le taux global de dépistage de cancer du sein a augmenté de 4% entre fin 2006 et juin 2008. « Ce sont 350 000 femmes de plus qui ont accepté le dépistage, insiste Frédéric van Roekeghem. Et ce sont des populations qui viennent vers les programmes de dépistage organisé grâce au médecin traitant ». En effet, si le taux global de dépistage chez les femmes de 50 à 74 ans est de 70%, il atteint à peine 34% chez les assurées qui n’ont pas choisi de médecin traitant. On peut néanmoins penser qu’il y a un biais de sélection puisque les assurés qui choisissent un médecin traitant sont déjà naturellement plus enclins à mieux préserver leur santé. Cependant, « si on veut gommer les inégalités de santé, le médecin traitant demeure un vecteur très puissant » estime le Pr Hubert Allemand, médecin-conseil national. Généralistes à 99,5%, ces médecins traitants ont également atteint de très bons résultats dans la prévention de la iatrogénie médicamenteuse : les plus de 65 ans sont 20 000 de moins à consommer des benzodiazépines à demi-vie longue et 100 000 de moins à prendre des vasodilatateurs.

Objectif 2009: les risques cardio-vasculaires

Des résultats qui ont conforté l’Assurance Maladie dans son envie de « capitaliser » sur le médecin traitant. Après la prévention des risques de la grossesse et l’amélioration du contrôle de l’asthme en 2008, cette année sera axée sur la prévention des risques cardio-vasculaires par tranches d’âges (les hommes de 35, 40 et 45 ans et les femmes de 40, 45 et 50 ans) et chez les populations à risques. Et surtout, 2009 sera l’année de la mise en place des « contrats d’amélioration des pratiques individuelles » (CAPI) en dépit des réserves syndicales. La liste des indicateurs est désormais définitive. En revanche, les discussions se poursuivent encore entre l’Assurance Maladie et les syndicats de médecins pour savoir dans quelle mesure le bonus de rémunération (qui pourra atteindre plusieurs milliers d’euros) devra récompenser la progression du médecin ou ses résultats absolus. En revanche, l’Assurance Maladie n’est pas encore en mesure de mesurer l’effet direct du dispositif sur la coordination des soins et le suivi des pathologies chroniques, qui feront également partie des objectifs individuels des futurs CAPI.

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Quatre ans après
Médecin traitant cherche parcours de soins
Si 85% des français ont choisi leur médecin traitant, ce dernier se considère souvent comme un distributeur de tickets pour le spécialiste. L'assurance maladie, elle, veut encourager ses missions dans la prévention et le dépistage.
 
Ca y est, les Français l’ont adopté. En quatre ans, 85 % d’entre eux ont choisi un médecin traitant. Pour autant, est-ce que les praticiens se sentent à l’aise dans ce nouveau costume ? « Cette réforme n’a fait que péréniser un rôle qui existait déjà », estime le Dr Michel Combier, président de l’UNOF. En clair, l’habit ne fait pas le moine. Au contraire, tout a changé, selon le directeur de la caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). « Il est le champion de la prévention, explique Frédéric van Roekeghem. 57 % des personnes âgées de 65 à 69 ayant déclaré un médecin traitant se sont fait vacciner contre la grippe, contre 53 % pour l’ensemble de cette classe d’âge ». Démonstration encore plus convaincante avec le dépistage du cancer du sein : les deux tiers des femmes, entre 50 et 74 ans, ayant un médecin traitant, suivent les recommandations du programme de dépistage, alors qu’elles sont seulement un tiers à le faire quand elles n’ont pas.
Ces résultats encourageants incitent l’assurance-maladie à vanter les mérites de ce médecin de famille relooké, et à les attirer encore plus dans cette voie. Un contrat d’amélioration des pratiques individuelles (CAPI) leur sera proposé. Il pourrait rapporter au praticien volontaire une prime de 5 à 7 euros par patient, si celui-ci réalise les objectifs de dépistage du cancer, ou de suivi des malades chroniques, définis avec la caisse primaire d’assurance maladie. «  La nature des indications et des objectifs seront définis en fonction de la patientèle du médecin, explique Frédéric van Roekeghem. Les CAPI auront une durée de trois ans. Ils mesureront les efforts faits par le médecin traitant ». Le directeur de la CNAM espère que 4000 médecins signeront ces contrats d’ici la fin de l’année.
Cette récompense individuelle n’enchante pas les syndicats. « C’est bien de nous inciter à faire du dépistage, mais ces contrats individuels ne sont pas acceptables, commente le Dr Michel Combier, président de l’UNOF, ils visent essentiellement à contrôler nos prescriptions et à réduire les dépenses, et non pas à renforcer sa mission de prévention ». Quant à sa mission principale, définie dans la réforme de 2004, la Cnam semble l’avoir oubliée. Le médecin traitant a été instauré pour coordonner le parcours de soins. « Ils nous manquent les outils pour le faire, regrette le Dr Combier, nous sommes surtout devenus des prescripteurs de tickets pour accéder aux spécialistes. » Un contat démontré par une étude auprès de 2000 généralistes, réalisée par la direction de la recherche des études et des statistiques (DREES) fin 2007. 70 % des généralistes estiment que certaines consultations ont uniquement pour objet la délivrance d’une ordonnance d’accès aux spécialistes.
Peu de retour de l’hôpital
Un ticket d’entrée d’autant plus demandé que les pénalités financières pour les patients qui sont hors parcours de soins, vont se durcir. En février, la prise en charge de la Sécu se réduira à seulement 30 % du tarif conventionnel pour ces consultations.  Soit quinze euros à la charge du patient. « On attendait du dispositif du médecin traitant une simplification du parcours de soins et une meilleure lisibilité dans les remboursements, c’est l’inverse qui s’est produit, regette le Dr Claude Leicher, vice-président de MG France. Etre médecin traitant ne nous permet pas de garantir au patient de meilleurs délais de rendez-vous à l’hôpital ou auprès de nos confrères, ni d’avoir un retour d’information rapide ». Un constat amer corroborré par l’étude de la DREES : seuls un tiers des généralistes, qui ont orienté leurs patients vers l’hôpital, indiquent avoir été informés du devenir de leur patient par l’établissement. « Si je reçois un peu plus de courrier depuis la mise en place du dispositif, c’est parce que des confrères spécialistes me remercient de leur avoir adressé un patient, témoigne le Dr Leicher. En fait, ces courriers leur permettent de classer le patient dans le parcours de soins alors que ce patient n’est pas venu me consulter. »
Sans DMP, pas de crédibilité

Le dossier médical partagé (DMP) est, d’après la loi de 2004, l’outil principal du médecin traitant. Il devait recueillir et synthétiser les « informations santé » d’un patient, et les rendre acessibles aux différents soignants. « C’est un vrai fiasco, surenchérit le Dr Leichert, les autorités ont voulu faire un DMP en dehors du cabinet du médecin traitant, résultat : il n’existe pas… » Au-delà de cet outil informatique, le dispositif du médecin traitant n’a pas établi de rémunération spécifique pour la coordination ou l’éducation du patient. Un forfait est seulement prévu lorsque le médecin traitant fait entrer un patient en affection longue durée (ALD). Une procédure administrative pesante car elle nécessite l’accord du médecin conseil. Dominique Libault, le directeur de la sécurité sociale au ministère de la santé, propose « d’expérimenter dans le cadre des CAPI une délégation plus forte du médecin traitant, qui n’aurait plus à attendre pour chacun de ses patients l’avis du médecin conseil lors de la signature d’un protocole ALD ». De son côté, la Cnam explique qu’elle a mis en place des actions pour faciliter le travail de coordination du médecin traitant. « Le programme Sophia est un exemple, explique le Pr Hubert Allemand, médecin conseil à la Cnam, le médecin traitant qui fait entrer un patient dans ce programme d’accompagnement des diabétiques, mis en place en 2008,  est assuré d’avoir un retour d’information ». Autre outil, l’assurance maladie a envoyé en 2008 à chaque médecin traitant la liste de leurs patients concernés par la vaccination antigrippale. La même recette devrait être applique pour le dépistage du cancer du sein. Mais ces courriers ou la multiplication des visites des délégués des caisses sont plutôt ressentis comme une subordination du médecin à l’assurance maladie.
« Pas de véritable outil, pas de reconnaissance, ces manques font que le médecin traitant n’est pas encore un coordonateur du parcours de santé, résume Chantal Cases, la directrice de l’IRDES . Pour l’instant, il s’est simplement substitué au médecin de famille. »

Et pourtant, ils s’installent...

A trente-deux ans, le Dr Thomas Couadau vient de s’installer il y a tout juste trois mois dans le haut Montreuil, à la lisière du nord parisien. Seul. Un oiseau rare ? « Pas vraiment, répond-il. Il est vrai que sur ma promo dans laquelle nous n’étions, de mémoire, que soixante-dix à avoir choisi la médecine générale, je n’ai eu vent que de trois-quatre personnes à avoir ouvert leur cabinet, seuls. Mais je ne suis pas resté en contact avec tout le monde ».

Cela étant dit, c’est un peu le hasard allié à une bonne dose de pragmatisme, qui a conduit le Dr Couadau à se lancer dans l’aventure de l’exercice en solo. Après avoir terminé son cursus à la fac de médecine de Nice, puis de Paris, le jeune généraliste effectue un temps des remplacements sur Paris et sa proche banlieue. Au détour d’une conversation, un patient lui conseille de se tourner vers Montreuil, où, dans certains endroits, les généralistes font, semble-t-il, cruellement défaut. Un contact avec l’hôtel de ville est pris. « La mairie avait, en effet, un lieu à me proposer, qu’elle me loue, donc depuis trois mois ». Ouverture du cabinet, inscription au tableau de garde ? « ce qui ne me demande pas un rythme énorme, je ne dois faire que deux-trois gardes par an, idem pour les dimanches » ? le Dr Couadau commence à trouver son rythme de croisière. Mais il ne compte pas, si possible, continuer à exercer seul trop longtemps. « Comme il s’agissait d’une création de cabinet, c’était plus simple de le faire moi-même, mais à moyen terme, j’envisage de m’orienter vers un exercice de groupe », indique le jeune généraliste, fidèle, en cela aux desiderata majoritaires de ses confrères de la nouvelle génération.

Pour le Dr Marie-Laure Alby, présidente de la section généraliste de l’Urml d’Ile-de-France, la donne, en matière d’installation, a en effet changé. Depuis le milieu des années 1990 et la réforme des études de médecine générale qui instaure le stage de médecine générale de six mois durant le troisième cycle. Avec des effets qu’elle analyse comme étant plutôt bénéfiques. « Je ne suis pas encline au catastrophisme ambiant. Avec le développement des maîtres de stage, nous avons pu assister à une vraie évolution : la fin du choix de la médecine générale par défaut. Alors oui, les jeunes s’installent sans doute plus tard, en groupe, de préférence, mais ils ont tous la passion de leur métier. Le travail ne leur fait pas peur, et ils sont nombreux à plébisciter l’exercice en milieu rural, pour « faire de la vraie médecine ». Pour le Dr Alby, il s’agit d’une génération qui, en revanche, a déjà redéfinit de facto les modalités du métier. Une évolution qu’elle voit au moins aussi importante pour la profession que l’a été 1968. Avec pour corollaire, la nécessaire adaptation des textes. Certaines se sont déjà produites : création du statut de collaborateur libéral, puis salarié, développement des généralistes enseignants… « Nous assistons à la mise en ?uvre de nouveaux modes de recrutement et de nouveaux processus d’installation. Le collaborateur libéral étant à mon sens LA méthode d’avenir, qui offre aux jeunes un mode d’activité intéressant et aux plus anciens une manière intelligente de passer la main ». Surtout dans un contexte où les clientèles ne se revendent presque plus.

Est-ce à dire que les maisons de santé du ministère de la Santé et, demain, la création possible d’un exercice salarié rejoignant les statuts de collaborateur libéral et salarié ouverts par l’Ordre il y a deux ans constitueront l’exercice de demain ? Le Dr Virginie Muller, auteur d’une thèse sur le désir d’installation des jeunes généralistes franciliens (voir entretien), ne le pense pas.

« Ces options ne répondent qu’à une faible partie des souhaits des jeunes médecins. Globalement, il n’y a environ que 5 % de chaque promotion qui refusent catégoriquement de s’installer en libéral pour raisons idéologiques. Ceux-là auront peut-être envie de s’installer en salariat en ville si cela leur est possible. Mais, même en créant ces postes salariés en ville, cela ne changera pas grand-chose au problème. Les jeunes généralistes les prendront pour répondre à un déficit de médecins et se retrouveront confrontés aux même problèmes de pénurie : difficulté de prendre un congé maladie, difficulté pour les femmes de partir en congé maternité parce qu’on perd une bonne partie de ses patients. Encore une fois, à tout prendre, l’hôpital, lui offre toutes ces garanties ».

Pour la Csmf jeunes médecins, l’une des réponses à la crise démographique passe par la création d’un vrai statut du remplaçant. Comme l’analyse le président de ce jeune syndicat, « le remplacement devient aujourd’hui un mode d’exercice à part entière, que l’on pratique pendant près de dix ans en moyenne ». Et, de l’avis du Dr François-Charles Cuisignez, il est donc urgent de « repenser les contours de cette activité, le seul exercice en lieu et place d’un médecin installé devenant trop limité et archaïque ». Avantage de la formule proposée : clarifier, entre autres, avec ce nouveau statut, les engagements réciproques des remplaçants et de l’assurance-maladie.

Une assurance-maladie qui, aux dires de nombreux jeunes confrères, apparaît continuer à ignorer certains aspects de la réforme du médecin traitant. En l’occurrence, le moratoire dont sont censés disposer, pendant cinq ans, les nouveaux installés. « Les caisses ne sont absolument pas au courant, j’ai dû rassurer mes nouveaux patients pour leur dire qu’ils ne seront pas pénalisés financièrement même si je ne suis pas leur médecin traitant », confirme, en souriant, le tout nouveau généraliste du haut Montreuil, le Dr Couadau. Ce « dysfonctionnement », véritable difficulté pour les primo-installés avait pourtant été directement adressée, il y a déjà deux ans, à Frédéric Van Roeckghem, par un jeune généraliste du Sud de la France. Le directeur de l’Uncam avait alors promis d’y sensibiliser les driecteurs de Cpam. A l’évidence, une piqûre de rappel apparaît nécessaire dans certains départements.

Source : Revue le généraliste


Date de création : 03/02/2009 @ 16:03
Dernière modification : 03/02/2009 @ 16:18
Catégorie : Médecine Générale
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