Le vibrant plaidoyer de l’OMS
pour la médecine générale
Véronique Hunsinger
Dans son rapport annuel sur la santé dans le monde 2008, l'Organisation mondiale de la santé préconise un retour aux soins de santé primaires. Pour lutter contre les inégalités criantes dans le monde en matière de résultats sanitaires, d’accès aux soins et de coût de la santé, il faut redonner une place centrale à la médecine générale. C’est ni plus ni moins ce que recommande l’Organisation mondiale de la santé dans son rapport annuel 2008 : « les soins de santé primaires, maintenant plus que jamais ». Il y a trente ans, la conférence d’Alma-Ata avait déjà abouti à cette conclusion. « Considérés à la lumière des tendances actuelles, les soins de santé primaires font de plus en plus figures de moyen avisé de remettre le développement sanitaire sur les rails » a assuré mardi le Dr Margaret Chan, directeur général de l’OMS, en présentant le rapport lors d’une conférence au Kazakhstan.
En effet, dans la plupart des pays en développement, les soins sont souvent dispensés selon un modèle qui se concentre sur les maladies, sur les technologies de pointe et sur les soins spécialisés. « La santé est considérée comme le résultat d’interventions biomédicales et le pouvoir de la prévention est largement ignoré » regrette l’OMS. Or ce sont justement ces systèmes de santé qui ignorent le premier recours qui accroissent les inégalités. « La comparaison entre des pays ayant le même niveau de développement montre que ceux dont les soins de santé sont organisés selon les principes des soins de santé primaires assurent un niveau sanitaire plus élevé pour le même investissement » note encore l’OMS. Lorsque des spécialistes accomplissent des tâches qui conviendrait mieux à des généralistes, des médecins de familles ou quelque fois du personnel infirmier, la santé est perdante : « cela contribue à l’inefficacité, limite l’accès et prive les patients des possibilités de recevoir des soins complets ». Lorsque la santé est laissée de manière disproportionnée aux mains des spécialistes, toute une série de mesures protectrices et préventives tend à se perdre.
L’OMS estime qu’un meilleur recours aux mesures préventives existantes via les médecins généralistes permettrait de réduire la charge mondiale de morbidité de 70%. Lorsque les soins primaires sont à la base d’un système de santé, les populations sont mieux prises en charge et le coût de la santé est inférieur. On fait alors moins d’investigations et de procédures superflues, les hospitalisations deviennent moins fréquentes et plus courtes. Les coûts globaux sont moins élevés pour les pays et l’exclusion des patients les plus fragiles socialement tend à diminuer. On ne saurait lire meilleur plaidoyer pour la médecine générale.